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Le blog d'Askélia

"Douce nuit"

15 Avril 2011 , Rédigé par askelia Publié dans #courts textes - nouvelles.

Thème : « Massacre
sous le sapin », décembre 2008, Club de la Rose.


 


« Douce nuit»






« Douuuce nuiiit, saiinte nuiiit ... »





Les mignons chérubins chantent tous d'une voix fluette (et fausse), alignés en rang d'oignons devant le sapin. Ce réveillon de noël se déroule si bien... Toute la famille est réunie, les grands-parents (Louis et Madeleine), leurs deux fils (Yves et Nicolas) et leurs épouses respectives (Monique et Océane), leurs deux filles (Ambre et Juliette) dont une est venue avec son nouveau copain (Sergueï) et l'autre « vielle fille », seule, plus les trois petit-enfants (Eloan, Morgane et Pierrick). Les meubles ont été poussés pour mettre la grande table au milieu, charmante avec sa vaisselle fine, ses décorations de lutins et de père noël en bois peint. Les treize desserts débordent de tous les récipients trouvés dans la vieille cuisine, on a débouché un nombre incalculable de vins tellement anciens que les étiquettes sont illisibles, sans parler du champagne et du trou normand entre les plats. Les discussions sont animées, enjouées. Un immense sapin trône au bout de la pièce, tellement décoré que les branches ploient sous le poids des diverses boules, guirlandes, lumières, pour la plus grande joie des enfants. Un bon feu flambe dans la cheminée, nettoyée pour l'occasion, dégageant une odeur de résine brûlée ramenant tout ce petit monde en enfance.


Minuit sonne, les bambins se jettent sur le monticule de cadeaux posés sous l'arbre, avec des hurlements de joie. Les bruits de flash s'enchaînent. Tournée de bisous générale, et les trois galopins sont envoyés au lit, afin que les « grands » profitent de la fin de soirée en toute tranquillité et ouvrent leurs présents personnels.


Tous s'installent en tailleur sous le sapin en gloussant. Juliette commence : une boîte de chocolats fins, le dernier prix Goncourt, et ... un vibromasseur dernier cri
rose pétard. Hurlements de rire instantanés. Mi-figue, mi-raisin, Juliette demande d'une voix froide de qui provient ce dernier. Ricanements de Ambre, radieuse :




« C'est moi! Je me disais, la solitude, ça doit te peser parfois! Allons, ça doit
faire des années qu'un homme n'a pas passé la nuit avec toi! »


  • Détrompe toi, ma chère, ce n'est pas si vieux que ça... Madame se trouve si parfaite qu'elle n'envisage pas que quelqu'un puisse y préférer sa soeur!


  • Ah bon, je serais curieuse de savoir qui n'est pas rebuté à l'idée de s'allonger près d'une femme froide et aigrie comme toi!


  • Si tu savais, je n'ai nullement besoin de cet...engin pour m'épanouir sexuellement!


  • Éclaire-moi, Juliette, nous sommes tous curieux de le savoir!


  • Très bien, puisque tu insistes, mon dernier amant en date n'est autre que ton cher Thomas, ton ex-mari et père de ton morveux! Et pour tout te dire, il est venu me trouver parce qu'il se plaignait de ta frigidité! »






A ces mots, Ambre devient livide, puis verte, puis rouge et se met a vociférer des injures les unes après les autres. Elle se lève d'un bond pour crocheter Juliette à la gorge. Yves intercepte son geste avec des paroles d'apaisements, tout en fusillant son autre sœur du regard. Ambre se met à bramer : « Toi, tu peux me lâcher espèce de pédé refoulé, quand tu auras les couilles d'assumer ta sexualité, tu pourras te permettre d'intervenir! ».





Gros blanc. Yves recule d'un pas sous l'attaque. Sanglots de Monique hystérique, soudain : « Yves, merde, dis-moi que ta connasse de sœur raconte n'importe!!  Bordel, qu'est ce que cette putain qui ramasse des nouveaux gars chaque semaine depuis son divorce est en train de dire!!!». Louis et Madeleine se regardent, inquiets et dans l'incompréhension totale. Ambre se retourne, fixe Monique d'un air mauvais et lui lance : « Je préfère être une putain que la femme d'un homosexuel qui doit prendre du viagra pour pouvoir coucher avec sa femme et la trompe avec des hommes! ». Yves la gifle à la volée. Deux fois. Nicolas se lève
pour pousser son frère. Juliette éclate d'un rire dément et chantonne : « Cocus, cocus, vous êtes tous cocus! ». Madeleine se met à pleurer, Ambre s'empare d'un verre à pied en cristal et le fracasse sur la tempe de sa sœur. Celle-ci, brusquement désaoulée, et pissant le sang, l'attrape par les cheveux, fourre sa tête dans les branches griffues et entreprend d'enrouler méthodiquement la guirlande lumineuse autour de sa gorge. Louis se lève péniblement et tape sa fille sur le dos avec sa canne pour l'arrêter. Monique pousse son beau-père à terre violemment pour permettre à Juliette de continuer tranquillement sa strangulation. Nicolas voit rouge et plaque sa belle-sœur au sol en lui écrasant la bouche pour qu'elle se taise. Tout ce qu'il y gagne, c'est que Monique le mord jusqu'au sang, ce à quoi il répond en lui fracassant le crâne sur le sol par les cheveux. Yves, pendant ce temps, pleure, prostré, pendant qu'Océane, la femme de son frère, essaie de le consoler en lui caressant la cuisse. Nicolas, apercevant ça, attrape son épouse par le bras et la traîne jusqu'à la table en lui demandant, postillonnant, si elle aussi fait de lui un cocu. Madeleine tombe à la renverse et fait une attaque cardiaque dans l'indifférence générale. Louis est inconscient sur le sol. Ambre est pendue aux fils lumineux. Juliette est allongée en position du fœtus, le visage ensanglanté et se balance telle une autiste, les yeux dans le vague, chantonnant toujours. Yves s'empare d'un couteau en argent pur et se tranche la carotide sous les yeux morts de Monique, cerveau répandu sur le sol. Nicolas et sa femme se battent comme des brutes, jusqu'à ce qu'il s'empare d'un gros saladier en verre rempli de dattes et l'éclate sur le visage d'Océane qui bascule en arrière, tombe dans une position grotesque et ne bouge plus. Nicolas, se rendant compte de ce qu'il vient de faire, sort en trombe de la maison, saute dans sa voiture et va se planter à pleine vitesse dans le premier virage. Sergueï, le petit-ami russe d'Ambre, qui s'était tapi dans un coin et n'avait pas bougé depuis le début, se relève, le regard fiévreux et fou et s'enfuit en courant, criant dans sa langue maternelle.





Les enfants ne se sont pas réveillés malgré le bruit.


Le silence retombe enfin. Un silence de mort.

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Line 08/05/2011 18:44


merci mais quand il y a un article j'aime qu'on le lise
un sourire quand même sur cette singulère et mortelle histoire


Eryndel Lùvalan 19/04/2011 09:08


Bonjour,
Cette nouvelle porte bien son titre, et à sa lecture, le malaise croît : comment une famille qui semblait unie peut-elle en arriver là, juste pour une mauvaise plaisanterie ? Ceci dit, cette
histoire exprime une sorte de vérité : les déchirements familiaux et amoureux partent souvent de broutilles, comme ici.
Merci pour ce partage et à bientôt !


Rose 18/04/2011 21:28


Heureusement que les enfants avaient ouvert leurs cadeaux avant... LOL

C'est violent mais bien mené! Bravo

Rose


lesouriredeline.over-blog.com 18/04/2011 16:40


bonne semaine

très long texte mais j'ai lu


dans le mien je ne parlais pas de la mer mais d'un jour précis


au rythme des maux 18/04/2011 12:55


je découvre avec plaisir :)
Amitié
Pierre


Iddril 16/04/2011 23:45


Quelle fête de famille! Très trash! je comprends que le petit copain russe se soit sauvé en hurlant...


Pascal 16/04/2011 20:06


Arrivé ici via le blog d'Iddril, j'avais oublié de préciser! Bonne soirée.


Arachnée 16/04/2011 19:40


Holy night Silent night...Heureusement la neige rentrée par les fenetres restées ouvertes recouvre tout d'un linceul virginal...


Alfrédine Chope 16/04/2011 19:16


Oh ma famille est bien en fait ! :-)
Non, il est vraiment pas mal ton texte. En moins violent, ça ressemble quand même pas mal à ça, les réunions de famille (Noël ou autre).


Suzâme 16/04/2011 19:11


Un récit réussi à partir d'une contrainte "massacre sous le sapin" qui demande une plume expérimentée et réactive. Tu esquisses bien les fêtards au point que je ne respirerais pas une minute dans
ce climat empoisonné. Ce qui veut dire que le contenu est efficace. A bientôt de te lire chez moi. J'ai écrit dans diverses catégories. Je prends goût au blog. J'espère que tu continueras tes
récits parfois un peu "spéc" comme dirait ma fille. Je suis attirée par nos différences. Cordialement. Suzâme