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Le blog d'Askélia

"Joyeux anniversaire"

20 Février 2011 , Rédigé par askelia Publié dans #courts textes - nouvelles.

"Joyeux anniversaire"


 

J'avais fui il y a deux ans. Fui un boulot et un patron qui m'exploitait, des amis qui n'en était pas, un quotidien infernal avec une femme monstrueuse sous les insultes. J'essaie d'oublier jusqu'à son prénom, Marie. Je n'étais que sa chose. Pendant des années j'avais été fou d'elle, de sa beauté, de son sale caractère. Oui j'aimais être soumis. Et le temps avait filé, elle s'était enlaidie, son cerveau malade abimaît de façon grotesque son visage. Son corps avait enflé petit à petit bien qu'aucun enfant ne soit venu couronné notre relation, Dieu merci. Elle était devenu violente, aigrie. Folle. Cruelle. Je l'ai surprise en train d'étrangler un par un la dernière portée de notre chatte, une sourire dégueulasse aux lèvres. A ce moment là, j'ai pris peur pour moi-même et un soir je ne suis jamais rentré.

Bref, tout ça, c'est du passé. Une vague connaissance m'a aidé à me remettre sur pied, trés loin d'elle, j'ai quitté Lilles pour Toulon. Je pensais que dans une grande ville, elle ne me retrouverait jamais. J'ai vécu quelques mois dans un appartement minable, puis j'ai rencontré une autre femme dans l'entrepôt où j'avais trouvé du travail, Agnès. Elle s'occupait de la comptabilité, et un jour en lui menant ma fiche de paie pour qu'elle m'explique quelque chose, j'ai bloqué sur cette femme si douce, qui prenait le temps de m'écouter, de me parler avec patience. Elle me souriait, j'étais fasciné, j'avais complètement oublié ce qu'on ressentait quand une femme me souriait. J'allais la voir pour n'importe quelle raison, et un jour je me suis jeté a l'eau, je l'ai invité à manger avec moi au restaurant. Le soir en question, je tremblais de tous mes membres, j'avais l'impression d'être un adolescent.

On s'est rapidement installé ensemble, chez elle. Elle avait un garçon d'une dizaine d'année avec qui je me suis tout de suite bien entendu. Je trouvais enfin ce à quoi j'avais aspiré : un bonheur tranquille, rempli de tendresse, d'affection. Douceur de vivre. J'étais heureux de rentrer chez moi, chez nous chaque soir. J'ai trouvé un autre boulot, un peu plus loin, mais mieux payé, je rentrais plus tard, mais peu importait. Elle était toujours là, toujours ce beau sourire sur ce visage de femme calme auquel j'avais succombé, quand j'arrivais.

Le soir de mes 42 ans, j'ai été retenu par mon patron, qui était trés satisfait de mes performances et proposait de me monter en grade, avec plus de responsabilités, à salaire conséquent. Ravi, je rentrais en sifflotant, pressé d'annoncer la bonne nouvelle. Je savais que pour mon anniversaire, Agnès se serait probablement surpassée. J'arrivais à l'appartement, éteint et silencieux. Mon sourire s'est élargi en pensant qu'elle avait voulu me faire une surprise en invitant les quelques personnes avec qui nous étions liés. J'ai poussé la porte en riant doucement, me promettant de feindre l'étonnement total pour ne pas gâcher son plaisir! Le noir était complet, j'ai tatonné jusqu'à l'interrupteur. J'ai allumé. Un cri de terreur est sorti de ma gorge.

J'avais à moins d'un mètre de moi cette folle de Marie, tenant contre elle un gamin qui devait avoir environ un an et demi.

"Surprise! Bon anniversaire mon amour!" s'est elle exclamée, un sourire bizarre aux lèvres.

C'est à ce moment là que j'ai remarqué qu'ils étaient couverts de sang tous les deux.

Mon regard s'est égaré et s'est posé sur les corps étendus d'Agnès et son fils ensanglantés.

Il y est resté.

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