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Le blog d'Askélia

défi 56

30 Mai 2011 , Rédigé par askelia Publié dans #courts textes - nouvelles.

défi 56

     Un soir d'orage, où le bruit du tonnerre se mêlait à un plastiquage, près de la maison de Dumè, de bien singulières choses se passaient... La Mamé rentrait de ses courses et d'un week-end chez sa fille, son cadis à roulettes tressautant derrière elle. Le portillon du jardin était ouvert, grinçant au gré des bourrasque de vent. Elle haussa un sourcil mécontent,  en resserrant son châle qui menaçait d'être emporté à tout moment : le chat en avait sûrement profité pour filer une fois de plus chez les voisins. Elle s'étonna du carnage dans le potager, l'orage ne pouvait pas être responsable de tout ce bazar! Encore un coup de Dumé, son époux, elle l'aurait parié! C'était bien son genre de commencer à retourner la terre, puis de rentrer boire un canon et oublier son travail. Pestant contre le Papé, elle se hâta vers la petite maison, tout en se faisant la réflexion qu'elle aurait bien besoin d'un coup de peinture.
    La porte d'entrée était ouverte, elle aussi. Cette fois la Mamé explosa, traitant son mari de tous les noms d'oiseaux. Mais sa voix mourut soudainement en apercevant le Papé allongé de tout son long sur le sol du vestibule. Affolée, elle courut à lui, faisant un signe de croix. Se penchant sur lui, elle constata qu'il respirait encore, en faisant de drôles de hoquet. Le secouant, des effluves d'alcool lui remontèrent au nez. Rassurée, mais de plus en plus en colère, elle le planta là pour aller mettre au frais ses légumes. Un véritable bazar régnait dans la cuisine! A croire que quelqu'un avait méthodiquement renversé le contenu des placards sur le sol. La porte du frigo béait, dévoilant son contenu. C'est-à-dire rien, hormis un bout de fromage moisi qui avait été dédaigné et... un chapeau. Que pouvait-il bien faire là? Elle avisa plusieurs bouteilles de rouge vides sur la table. Ainsi que la gnôle, soigneusement conservée pour le baptême du petit! Sacrilège! Elle retourna secouer son mari, avec plus de vigueur, lui hurlant dessus de sa voix enrouée. Le Papé finit par ouvrir des yeux larmoyants, en gémissant, et se redressa en se tenant la tête. Il se leva en titubant, pour aller s'affaler dans le lit conjugal. Il s'en releva vivement, criant un énorme « aïe » qui résonna dans la maison, se frottant les fesses. La Mamé, qui l'avait suivi, fourra son nez dans les draps et en ressorti le parapluie. Se frottant les tempes, comme elle le faisait quand elle réfléchissait intensément, elle remarqua des tâches de vin partout dessus. A croire qu'on s'était protégé d'une averse de rouge! Laissant son mari se recoucher, elle alla vider son cabas, et se mit en quête d'une casserole pour préparer une tisane à son époux. Impossible d'en trouver une dans la cuisine! A leur place, elle trouva de nouvelles bouteilles vides. Sacredieu, ça allait trop loin! Son mari ronflait à nouveau, impossible de le réveiller pour avoir des réponses, elle le savait bien. Elle retourna méthodiquement chaque pièce pour mettre la main sur ses ustensiles et se retrouva, en désespoir de cause, devant la lucarne menant au grenier. Elle n'y mettait jamais les pieds, ayant la phobie des souris. Prenant son courage à deux mains, elle entrebâillât la petite porte. Une vague de bruits suspects ressemblant à des ronflements emplit aussitôt ses oreilles, bien qu'elle fut un peu sourde. La peur au ventre, elle hésita à ouvrir complètement. Quand elle fut décidée, elle passa la tête dans l'ouverture... et se retrouva nez-à-nez avec un homme hirsute! Poussant un cri de frayeur, elle repartit aussi vite qu'elle était venue et alla s'enfermer dans la salle de bain.
    « Raymooooonde! C'est André, Tudieu! Ouvre cette porte! »
    André? Le compagnon de belote de son mari? Suspicieuse, elle leva le loquet. Un véritable vacarme résonnait dans la maison, des voix d'hommes résonnaient de partout. Perdue, la Mamé regardait défiler tous ces messieurs, qui allant récupérer son chapeau dans le frigo, qui la remerciant pour l'accueil et le vin, qui voulant lui faire la bise, qui demandant des nouvelles du Papé. Que faisaient-ils un lundi tous à la maison? Soudain, elle se frappa le front. L'anniversaire du Papé! Elle avait complètement oublié!
    Tous ces messieurs qui jouaient aux cartes avec son époux le dimanche soir, avaient simplement fait la bringue comme de jeunes gens pour l'occasion! Ils avaient trouvé refuge dans le grenier, empli toutes les casseroles de vin et de gnôle, s'était déguisé, renversé de l'alcool dessus, et avaient fini par sombrer dans le sommeil, sauf le Papé, dans un dernier sursaut de lucidité, qui avait voulu ranger le parapluie et le reste de la maison et s'était endormi dans l'entrée!
    « Impossible... » se répétait la Mamé, et pourtant...

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Alfrédine Chope 05/06/2011 00:33


T'as toujours une sacrée imagination... Mais ça pourrait être vrai ! Si vrai...


Elo 02/06/2011 20:59


superbement réussi ton défi !!!! Je ne l'avais pas lu !!! J'adore . Bises


tarmine 02/06/2011 20:37


un beau cadeau que d'être parti en week end, elle a fait la mamé!^^


ADAMANTE 01/06/2011 13:41


Quelle java ! La séquence du parapluie est terriblement bien rendue (si j'ose dire). Cordialement. Adamante


Allan Ridley 01/06/2011 12:48


Très drôle cette histoire Askelia ! J'ai vraiment apprécié le dénouement qui ne se laisse pas deviner aux premiers abords. Bravo!


Brunô 01/06/2011 09:36


Une imagination débordante, de l'humour, une histoire bien agrèable et haletante. Bravo !


Laure Lie 31/05/2011 22:05


Drôle, cocasse...et bien écrit ;)
Bises


Line 31/05/2011 20:49


merci pour cette savoureuse histoire
la chute est bien trouvé, je ne m'y attendais pas

bravo

merci et bonne soirée+ unsourire de Line


Thès 31/05/2011 14:52


Superbe ton histoire!!bravo!!
Bises. Thès.


YC01 31/05/2011 14:36


Superbe ce récit...On est pris par le courant de l'intrigue, mille fois bravo, j'adore...Bonne journée... Yvan